Actualité
Lycée Moulay Youssef, Rabat COURRIEL INTERNATIONAL N°19



Alphabétisation : jamais trop tard


Rajae Qarrou (2SMB) Meryeme Amziane (2SMB1
)

 

 

Pour la première fois au Maroc, des mosquées ouvrent leurs portes aux enfants et aux adultes qui ne savent ni lire ni écrire. Pour lutter contre l'analphabétisme, le roi du Maroc a lancé ce projet le 20 août dernier, à l'occasion de la Fête de la révolution du roi et du peuple. Plus de cent mosquées sont concernées, dont trois à Rabat.

E
nfants et adultes de dix à soixante-dix ans reçoivent, cinq fois par semaine, des cours d'arabe, de mathématiques, d'éducation islamique et d'hygiène. Les fournitures scolaires sont offertes par le souverain marocain. Pour l'instant, cent personnes par mosquée bénéficient de ce programme, mais selon Chakir Tijani, délégué au ministère des affaires islamiques, "après le succès qu'a connu ce projet, nous envisageons d'augmenter le nombre de mosquées concernées dans les années à venir". Les employés de maison et les femmes au foyer constituent la majorité des bénéficiaires.


Dans la mosquée Al Akbar de Rabat, une trentaine de femmes assises sur des hssirates - nattes en paille, sont penchées sur leur ardoise, affairées à résoudre des soustractions. Elles paraissent pleines de curiosité et d'envie d'apprendre. De temps en temps, leur professeur se penche sur leurs ardoises pour voir leur réponse. Elle est souvent fausse, mais les élèves, très attentifs, ne se découragent pas facilement. " Avant, je me sentais inférieure aux autres, avoue Fatima Allam, femme au foyer de 42 ans, je n'arrivais pas à aider mes fils à faire leurs devoirs et ils me le reprochaient souvent. D'ailleurs c'est grâce à leur encouragement que j'ai décidé de suivre ces cours".

Assise à côté d'elle, Fatima Lakhal, une grand-mère de 70 ans, se concentre sur ses soustractions. "Lorsque mes enfants sont partis, je m'ennuyais trop à la maison. Alors je me suis inscrite à ces cours. Le seul hic, c'est que je n'arrive pas facilement à suivre le rythme !" regrette-t-elle.

L'après-midi se sont des groupes d'hommes qui suivent les cours de la mosquée Al Akbar de Rabat. Leur professeur Mohamed Kzaz, licencié en lettres, explique qu'il rencontre des difficultés avec ses élèves. " En général, les jeunes sont comme une boîte vide facile à remplir. Les adultes, eux, ne saisissent pas facilement tout ce que je leur enseigne ". M. Kzaz explique donc aussi souvent que cela est nécessaire.

L
'humiliation, le sentiment d'infériorité et la honte sont les principaux effets engendrés par l'analphabétisme. Si'mohamed Sihi, jeune homme de 17 ans, se souvient : "Quand j'étais analphabète, j'avais vraiment de sérieux problèmes. Partout où j'allais pour demander du travail, on me le refusait à cause de cela. Alors, j'ai décidé de surpasser ce handicap."


D
ans la classe des femmes, Zhor Aït Allal, d'une soixantaine d'années, a une voix triste quand elle raconte ce qui l'a poussé à apprendre à lire : "Un jour mon petit-fils Adil et moi étions restés seuls à la maison. J'étais occupée à faire la vaisselle, quand j'ai entendu des cris. C'était Adil qui avait bu de l'eau de javel ! Affolée, je me suis précipitée vers le téléphone pour appeler les urgences. C'est alors que je me suis rendue compte que j'étais incapable de composer le numéro !". Zhor est prête à aller jusqu'au bout pour apprendre enfin à lire et à écrire.