 |
Pour
la première fois au Maroc, des mosquées ouvrent leurs portes aux
enfants et aux adultes qui ne savent ni lire ni écrire. Pour lutter
contre l'analphabétisme, le roi du Maroc a lancé ce projet le
20 août dernier, à l'occasion de la Fête de la révolution du roi
et du peuple. Plus de cent mosquées sont concernées, dont trois
à Rabat.
Enfants et adultes de dix à soixante-dix ans reçoivent, cinq
fois par semaine, des cours d'arabe, de mathématiques, d'éducation
islamique et d'hygiène. Les fournitures scolaires sont offertes
par le souverain marocain. Pour l'instant, cent personnes par
mosquée bénéficient de ce programme, mais selon Chakir Tijani,
délégué au ministère des affaires islamiques, "après le succès
qu'a connu ce projet, nous envisageons d'augmenter le nombre de
mosquées concernées dans les années à venir". Les employés de
maison et les femmes au foyer constituent la majorité des bénéficiaires.
Dans la mosquée Al Akbar de Rabat, une trentaine de femmes
assises sur des hssirates - nattes en paille, sont penchées sur
leur ardoise, affairées à résoudre des soustractions. Elles paraissent
pleines de curiosité et d'envie d'apprendre. De temps en temps,
leur professeur se penche sur leurs ardoises pour voir leur réponse.
Elle est souvent fausse, mais les élèves, très attentifs, ne se
découragent pas facilement. " Avant, je me sentais inférieure
aux autres, avoue Fatima Allam, femme au foyer de 42 ans, je n'arrivais
pas à aider mes fils à faire leurs devoirs et ils me le reprochaient
souvent. D'ailleurs c'est grâce à leur encouragement que j'ai
décidé de suivre ces cours".
|
 |
Assise à côté d'elle,
Fatima Lakhal, une grand-mère de 70 ans, se concentre sur ses
soustractions. "Lorsque mes enfants sont partis, je m'ennuyais
trop à la maison. Alors je me suis inscrite à ces cours. Le
seul hic, c'est que je n'arrive pas facilement à suivre le rythme
!" regrette-t-elle.
L'après-midi se
sont des groupes d'hommes qui suivent les cours de la mosquée
Al Akbar de Rabat. Leur professeur Mohamed Kzaz, licencié en
lettres, explique qu'il rencontre des difficultés avec ses élèves.
" En général, les jeunes sont comme une boîte vide facile à
remplir. Les adultes, eux, ne saisissent pas facilement tout
ce que je leur enseigne ". M. Kzaz explique donc aussi souvent
que cela est nécessaire.
L'humiliation, le sentiment d'infériorité et la honte sont
les principaux effets engendrés par l'analphabétisme. Si'mohamed
Sihi, jeune homme de 17 ans, se souvient : "Quand j'étais analphabète,
j'avais vraiment de sérieux problèmes. Partout où j'allais pour
demander du travail, on me le refusait à cause de cela. Alors,
j'ai décidé de surpasser ce handicap."
Dans la classe des femmes, Zhor Aït Allal, d'une soixantaine
d'années, a une voix triste quand elle raconte ce qui l'a poussé
à apprendre à lire : "Un jour mon petit-fils Adil et moi étions
restés seuls à la maison. J'étais occupée à faire la vaisselle,
quand j'ai entendu des cris. C'était Adil qui avait bu de l'eau
de javel ! Affolée, je me suis précipitée vers le téléphone
pour appeler les urgences. C'est alors que je me suis rendue
compte que j'étais incapable de composer le numéro !". Zhor
est prête à aller jusqu'au bout pour apprendre enfin à lire
et à écrire.
|