Actualité
Association Le Monde R.E.E.L,
Vaulx-en-Velin
COURRIEL INTERNATIONAL n°10



Le nouveau centre, c'est demain?

Fahiya

« Achetez au Grand Vire, créez votre Cœur de ville! Le nouveau centre, c’est pour demain.» De grandes banderoles bleues et jaunes, accrochées au plafond du centre commercial un peu vieillot de Vaulx-en-Velin, invitent les commerçants à s’installer dans le centre-ville flambant neuf qui se construit depuis 1994. Situés à deux pas de la mairie, le Grand Vire et sa galerie marchande, pratiquement vides, sont tout ce qu’il reste aujourd’hui d’un passé que l’on semble vouloir vite effacer.

Les émeutes qui ont éclaté à Vaulx-en-Velin en 1991 ont fait fuir les clients du Grand Vire. Les supermarchés ont mis la clef sous la porte, bientôt suivis par les petits commerces fuyant la désormais mauvaise réputation de la ville. Mais sans commerces, point de vie. Car il n’y avait pas d’habitants dans le centre-ville; juste la mairie, des espaces verts, un magasin d’électroménager et les tôles oranges et rouges du Grand Vire.

Plus de centre-ville sans habitant

Or, «un centre-ville sans habitants, c’est désert et morne!» déclare Geneviève Dazy, employée par la mairie pour informer les Vaudais sur les transformations à venir. Derrière les vitrines transparentes de son bureau, elle regarde la galerie marchande, déserte, mais parle avec enthousiasme de ce qu’il se passe à l’extérieur.

«Nous avons déjà construit cent vingt-trois appartements dans des immeubles de hauteur moyenne. En tout, il y a cinq îlots d’immeubles prévus». Il n’y aura plus de centre commercial à proprement dit, mais des commerces au rez-de-chaussée de chaque immeuble et tournés vers la rue principale du quartier, la rue Emile-Zola. Le Grand Vire, actuellement en retrait de cette rue, sera détruit au profit d’un parking de plain-pied et d’une grande place desservant tout le centre-ville.
La destruction du centre commercial est prévue depuis longtemps, mais sans cesse reportée. Geneviève Dazy assure qu’elle devrait commencer cet automne et durer six mois.
Cette disparition ne rend pas tout le monde heureux.
Mahjoub Bouhrim tient un snack depuis dix ans au Grand Vire. La mairie et la société parisienne gérante du centre commercial lui avaient promis qu’il serait prioritaire dans le nouveau centre-ville. Mais aujourd’hui, on ne veut plus de son snack.

Pour sauver Le P’tit Creux, Mahjoub a lancé une pétition auprès des Vaudais qui voudraient «un lieu où se côtoient jeunes et moins jeunes, chômeurs, étudiants et actifs; un lieu où l’on peut manger un morceau, boire un coup, lire le journal et faire un brin de causette». Car pour Mahjoub, «c’est des clients du snack dont on ne veut pas; ces jeunes des communautés étrangères de Vaulx».

Pourtant Geneviève Dazy affirme que le nouveau centre-ville «sera un lieu de rencontre et de vie» pour tous les Vaudais. De nombreux espaces verts sont prévus autour des immeubles, avec des jeux pour les enfants et des bancs. L’idée est de créer un grand axe vert qui traversera le centre-ville.

Les habitants non invités

Les nouveaux habitants semblent s’y plaire, comme ce nouveau Vaudais qui trouve «le quartier assez vivant» ou cette mère de famille qui aime «son immeuble moderne», même si elle craint que «des jeunes viennent tout détruire comme au Grand Vire».

Le nouveau centre-ville est bien «pour demain » comme l’affirmaient les banderoles bleues et jaunes. Les constructions devraient être achevées d’ici une dizaine d’années. Le quartier sera riche d’une nouvelle population mais, regrette Mahjoub Bouhrim, «certains n’auront pas été invités».