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La culture amazighe entre le marteau et l’enclume

Linguiste à l’Institut Royal de la Culture Amazighe ( I R C A M ) , EL Mehdi IAZZI a eu l’amabilité de nous accorder cet entretien où il fait le point sur l’état des lieux de l’amazighité au Maroc .

Le paysage linguistique, au Maroc, prend l’allure d’une mosaïque de cultures : amazighe, arabe, française et espagnole . Il n’en reste pas moins que l’amazighe demeure la culture originelle. Quoique désavantagé par les autres cultures rivales, l’amazighe représente la langue maternelle de plus de la moitié de la population du pays laquelle est répartie géographiquement sur trois régions (le Rif , le Moyen Atlas et le Souss ). A chacune de ces régions correspond respectivement une variante linguistique : Tarifit , Tamazight et Tachlhit .

Pour cerner la problématique de l’amazighité au Maroc, E. IAZZI fait d’abord un survol historique sur la politique linguistique avant, pendant et après le protectorat français. Il fait d’emblée la distinction entre les populations rurales en majorité amazighophones, et une élite établie dans les grandes villes. Alors que la première entre en conflit avec les autorités coloniales, la seconde, quant à elle, essaie de tirer profit de cette situation et ce, sur les plans éducatif, politique et économique.

Politisé en 1980, enseigné 20 ans plus tard

L’émergence d’un mouvement amazighe, pour contrecarrer , par la suite , l’hégémonie grandissante de cette élite citadine , s’est faite sporadiquement et progressivement .En 1980 , on assiste à une réelle politisation de la question amazighe traduite par la création de l’Université d’Eté dont est issu le premier manifeste national d’Agadir . D’un autre côté la conjoncture internationale a joué en faveur de l’amazighité : les changements politiques à l’échelle planétaire ont permis aux minorités de revendiquer leurs droits et de s’insurger contre les pouvoirs dominants.

Dans ce climat ambiant, feu Hassan II prend conscience de la gravité de la chose et décide d’intégrer la langue amazighe au système éducatif. Ce sera le fameux discours du 20 Août 1994, qui coïncide par ailleurs avec le congrès mondial amazighe. L’intégration de l’amazighe à l’enseignement est la lourde tâche confiée à l’IRCAM, qui a été créé le 30 Juillet 2OO1. Cette institution doit s’atteler à aménager la langue, mission qui nécessite un volet technique (création d’un alphabet, d’un lexique…), ainsi qu’une législation.

Les obstacles dus au manque de législation

Selon le chercheur, c’est le manque de lois qui pose énormément de problèmes à l’intégration de la langue normée dans l’enseignement. Il faut ajouter à cela des problèmes relatifs à la formation des enseignants, eux-mêmes. Il y a lieu de s’interroger si l’enseignement prématuré de cette langue ne sert pas d’autres intérêts en dehors de la langue elle-même. L’IRCAM se trouve donc devant des options et ce, pour sortir l’enseignement de la langue amazighe de l’impasse où l’ont figé des attitudes motivées par un ethnocentrisme arabe importé de l’Orient.
Il est dommage que la politique politicienne ne parvienne pas à mesurer l’intérêt qu’elle a à gagner de la promotion de cette culture qui constitue une composante et non la moindre du patrimoine national. En effet, une langue est à la fois un moyen de communication et une vision du monde. La langue amazighe, enfin, a tout à gagner de la mondialisation.


El Mahfoud Saad et Mohamed Laouij

 


*Linguiste à l’IRCAM, auteur de plusieurs articles dont « discours sur l’identité marocaine : légitimité en compétition » (Suède, 1995) ; « Aménagement linguistique : cas de l’amazighe marocain » (1998).

 



El-Mahfoud et Mohamed, journalistes en herbe.

 

A savoir : L’amazighe serait l’équivalent de « berbère », appellation utilisée couramment en Europe pour désigner la même population. Un terme que les militants de l’amazighité rejettent, car trop chargé historiquement.

 


« Le Maroc n’est pas l’Orient, on l’a forcé pendant un siècle a être une image pâle de cet Orient. L’histoire a démontré que le Maroc qui n’est plus lui-même, est plus dangereux pour le monde et pour lui-même, que l’Orient lui même »

 

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