| Malgré
la gravité de la situation, je sens bien que Klaus Meyer
n’est pas mécontent de nous tenir ainsi en haleine,
en attente de révélations.
- “Eh bien, voilà...” commence-t-il d’un
ton grave et d’un air mystérieux. Le Dr. Khalil s’est
assis dans un fauteuil et a chaussé ses lunettes, pour
mieux entendre sans doute, tandis que je me tiens bien droit sur
le divan.
- “En rentrant dans le tombeau profané d’Alexandre
ce matin, j’ai été saisi d’horreur pour
deux raisons au moins. D’abord, sur la dalle de marbre blanc
où devait être posé le sarcophage, il y avait
un cadavre de chat complètement écorché,
comme un lapin dont on a arraché la peau pour le saigner.
Là encore, du sang partout. Mais surtout, au mur, une inscription
en grec ancien renouvelait les menaces que j’ai lues ce
matin sur la porte de ma chambre d’hôtel. Vous imaginez
mon émotion! Naturellement, je n’ai pas tout compris,
mais assez pour être terrorisé. Les inscriptions
commençaient ainsi: “Celui qui pénètre
ici et lit ces mots est déjà mort et brûlera
dans le feu du ciel...” La malédiction d’Alexandre
n’est pas une parole en l’air. Au moment où
je lisais ces mots, ma tête s’est mise à me
tourner et j’ai bien cru ma dernière heure arrivée”.
Comme par un malicieux hasard,
la pendule sonne à ce moment sept heures. Déjà,
le soleil décline à l’horizon et la mer prend
les couleurs d’un miroir rose et or.
- “Messieurs, que diriez-vous de poursuivre cette passionnante
histoire autour d’un bon repas?” Le Dr. Khalil n’oublie
pas que, comme disait à peu près le philosophe Montaigne,
“Science sans appétit n’est que ruine de l’âme”...
Le médecin qui est passé nous ausculter nous a bien
recommandé de rester à la maison, mais quand on
revient de loin, on ne peut rester en place. Tout comme Klaus,
j’ai une violente envie de sortir longer la Corniche
et dîner en ville dans un de ces petits restaurants vivants
et bruyants qui vous rappellent à chaque seconde que vous
n’êtes pas dans le glacial royaume des morts.
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La nuit vient
de tomber quand nous sommes sortis. Une nuit à la fois
profonde et toute illuminée d’étoiles et des
lampes de la ville. Alexandre et ses menaces, les rayons radioactifs
et le tombeau profané du sarcophage disparu me paraissent
bien lointains. Pourtant, cachés dans l’ombre d’une
rue sombre, les mystérieux Alexandre de la secte doivent
nous espionner en ce moment. Cette idée me fait frémir
un instant. Ils n’oseront pas nous attaquer en pleine rue
alors que tout le monde est dehors, me dis-je en moi-même
pour me rassurer. Mais nous arrivons au restaurant et j’oublie
bien vite ces mauvaises pensées.
A notre retour, vers minuit,
après un dîner réparateur copieusement arrosé
de Rubis d’Egypte, une lettre nous attend, épinglée
sur la porte de l’appartement du Dr. Khalil.
- “De nouvelles menaces?”, demande Klaus avec un sourire.
- “Pas du tout, c’est la police, répond l’archéologue.
Nous avons rendez-vous demain matin au bureau de l’enquêteur
Ahmed Mostafa. C’est visiblement très important:
il a déjà trouvé quelque chose”.
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